Qu’est-ce que l’hypnose ericksonienne ?
On décrit souvent Milton Erickson, psychiatre et psychologue américain (1901–1980), comme le père de l’hypnose moderne. Dès l’enfance Erickson vit avec des petits handicaps qui altèrent sa perception du monde : dyslexie, amusie, daltonisme… Puis à l’âge de 17 ans il tombe gravement malade des suites d’une poliomyélite, et une paralysie sévère l’oblige à rester alité. Or, durant cette période, il développe un sens d’observation fine des comportements humains. Il remarque les micro-expressions des visages, les mouvements involontaires, les intonations de voix, et cette attention extrême au non-verbal, qui souvent est inconscient, va devenir un pilier dans sa pratique.
Contre toute attente, il retrouve en partie l’usage de son corps. Le jeune Erickson n’accepte pas le verdict de son médecin, et dans un combat acharné contre son mal, il pratique spontanément de l’autohypnose, dans un premier temps pour survivre, puis petit à petit pour réveiller ses membres, et vaincre partiellement sa paralysie. Bien que la maladie reste latente et qu’il connaisse plus tard des rechutes, il s’inscrit en médecine et en même temps en psychologie. En 1928 il obtient son doctorat en médecine et une maîtrise en psychologie.
Erickson va révolutionner les concepts de l’hypnose
A l’époque, l’hypnose était souvent perçue comme une technique de domination du praticien sur le patient : des injonctions claires, un ton autoritaire, des suggestions directes. Milton Erickson va apporter une vision totalement différente sur l’hypnose.
Sa technique repose sur des suggestions indirectes, des métaphores, des ambiguïtés volontaires, des histoires et des anecdotes, et elle s’adapte à l’imaginaire et au langage de la personne. Erickson développe une approche qui facilite le « lâcher prise » et l’attitude positive du sujet (truismes, yes set…) et contourne les résistances conscientes, ce qui permet l’entrée en hypnose à la plupart des gens.
Mais plus encore, il redonne aux patients leur pouvoir d’auto-guérison. Le sujet devient actif. Dans l’hypnose ericksonienne, le praticien ne donne pas d’ordres, mais invite, propose, guide… Il pose des questions et c’est la personne elle-même qui avance à son rythme. Erickson considérait que chaque personne possède en elle les ressources pour aller mieux.
Et l’hypnose est un moyen d’accéder, de façon douce et respectueuse, à l’inconscient, cette part en nous qui sait, même quand on ne sait pas « avec la tête »
La thérapie est une co-construction
Dans l’hypnose éricksonienne, la relation entre le praticien et le patient est au cœur de la thérapie. C’est une méthode non directive, et bien que le praticien ait toujours une stratégie déterminée, il respecte le patient dans sa demande, son rythme, son évolution. Il entre en contact avec le monde du patient pour le comprendre : ses croyances, ses valeurs, sa perception du symptôme.
Selon Erickson, il n’y a pas besoin que le patient soit dans une transe profonde. Le patient se place lui-même dans la profondeur de transe qui lui convient, pour prendre conscience de son symptôme, de son expression et de ses limites, et d’aller trouver ses propres solutions aux conflits, ses propres ressources internes à mobiliser. Le rôle du praticien est de faciliter la levée de défenses qui bloquent l’accès du patient à ces ressources.
L’hypnose ericksonienne aujourd’hui
Depuis bientôt un siècle, l’hypnose thérapeutique a beaucoup évolué. Grâce à l’imagerie cérébrale (IRM, EEG) on peut désormais observer ce qui se passe dans le cerveau d’un sujet en état modifié de conscience, et l’hypnose suscite désormais beaucoup d’intérêt dans la neuroscience.
Milton Erickson est considéré comme un pionnier, et son attitude pragmatique et sa référence constante à l’inconscient comme entité protectrice d’une personne constituent le fondement du courant de pratique moderne nommé « hypnose ericksonienne ».
Erickson, dans sa propre vie, était un grand résiliant avant l’heure, avant même que ce concept ne devienne à la mode. Ce n’est sans doute pas le hasard s’il est considéré comme un fondateur non seulement de l’hypnose ericksonienne mais, dans une perspective plus large, des thérapies brèves, qui mettent le patient au centre du traitement et de la guérison.
Aujourd’hui, l’hypnose ericksonienne est pratiquée dans le monde entier, y compris à Papeete, où je propose des séances au cabinet et à domicile, dans cette même approche respectueuse et personnalisée
Eva Provo, Papeete, Juin 2025

