Les bienfaits du massage – que dit la science ?

Juil 28, 2025

Les bienfaits du massage – que dit la science ?

Le massage est une pratique ancienne, présente dans presque toutes les cultures, souvent associée à la détente, au soulagement de la douleur, voire à un mieux-être global. Pourtant, lorsque l’on cherche à objectiver ses effets à l’aide des outils rigoureux de la science, les résultats sont plus nuancés. Que savons-nous réellement aujourd’hui des impacts du massage sur la santé physique et psychologique ?

Dans cet article, je souhaite m’éloigner des discours marketing souvent flous ou exagérés. Il ne s’agit pas de croire ou de convaincre, mais d’explorer ce que la recherche scientifique sérieuse a pu démontrer – et ce qu’elle peine encore à quantifier, même si nos corps, eux, semblent déjà savoir.

Les défis de l’étude du massage

Première difficulté : le massage est une expérience hautement subjective, à la croisée du sensoriel, du relationnel et du psychocorporel. Cela le rend difficilement standardisable : styles de massage, durée, fréquence, qualité du toucher, posture intérieure du praticien, relation de confiance… autant de variables quasi impossibles à isoler.

Sur le plan méthodologique, les essais cliniques randomisés sur le massage souffrent souvent de petits échantillons, de biais d’attente ou encore de l’impossibilité d’un véritable double aveugle (ni le patient ni le praticien ne peuvent ignorer s’il y a eu massage ou non). Pourtant, malgré ces limites, plusieurs études bien menées offrent des éclairages intéressants.

Ce que la science tente de mesurer

Les effets du massage sont généralement évalués à partir d’indicateurs tels que :

  • La douleur (aiguë, chronique, post-opératoire)
  • Le stress et l’anxiété
  • Les symptômes dépressifs
  • Le sommeil et la qualité de vie
  • Des biomarqueurs physiologiques (cortisol, pression artérielle, variabilité cardiaque…)

Ces effets sont mesurés à l’aide de questionnaires validés, d’analyses biologiques ou d’imageries cérébrales (IRMf, EEG).

Ce que la recherche demontre

Une réduction fiable du stress et de l’anxiété

Une méta-analyse de Guo et al. (2020), portant sur 25 essais cliniques (n = 2 494), conclut que le massage permet une réduction significative de l’anxiété pré-, per- et postopératoire, ainsi qu’une amélioration des paramètres physiologiques comme la pression artérielle ou la fréquence cardiaque.

De même, une étude turque randomisée contrôlée sur 44 proches aidants de patients atteints de cancer montre qu’un massage dorsal de 15 minutes pendant 7 jours entraîne une baisse mesurable de l’anxiété, du cortisol et de la tension artérielle, tout en améliorant la qualité du sommeil (Pinar & Afsar, 2015).

Diminution des douleurs postopératoires

L’efficacité du massage pour soulager les douleurs après une opération a également été démontrée. Liu et al. (2022) ont analysé 10 essais randomisés totalisant plus de 1 000 patients, et ont mis en évidence une réduction significative de la douleur.

Dans un contexte spécifique, comme la chirurgie thoracique, Boitor et al. (2017) rapportent que le massage réduit la douleur de –0,80 à –0,85 points sur 10 par rapport aux soins standards ou au placebo, dès les premiers jours post-opératoires.

Impacts physiologiques et psychologiques

 Une méta-analyse plus ancienne mais influente (Moyer et al., 2004) portant sur 37 études conclut que le massage réduit de manière significative l’anxiété et la dépression, et procure des bénéfices proches de certaines psychothérapies dans les troubles anxieux légers à modérés.

 Les massages de pression modérée augmentent aussi l’activité parasympathique (système vagal), diminuent la fréquence cardiaque, et stimulent la production de sérotonine et de dopamine (Field, 2016). Certaines études en IRMf ont observé des modifications de l’activité cérébrale associée au plaisir, à l’apaisement ou à la conscience corporelle.

                      

Concernant les biomarqueurs de stress, la baisse de cortisol après une séance est bien documentée à court terme, mais les effets cumulatifs sur le long terme restent incertains (Fryer et al., 2008).

Ce que la recherche ne peut pas demontrer

Il existe encore de nombreuses zones grises. Les études sur le sommeil, l’immunité, ou les performances sportives offrent des résultats encourageants mais trop hétérogènes pour être généralisés.

Par ailleurs, la qualité du toucher, la capacité d’écoute, la présence du praticien, ou encore le contexte relationnel et émotionnel ne sont pas quantifiables — et pourtant, ils semblent essentiels à l’effet du massage. Un toucher respectueux, attentif et ajusté peut avoir un effet profondément réparateur… mais comment le mesurer ?

Enfin, l’effet placebo joue un rôle non négligeable, ce qui n’enlève rien à la valeur de l’expérience vécue. Si le corps se détend, si le système nerveux se régule, peu importe si c’est par croyance ou par mécanisme physiologique.

Conclusion : des preuves, oui, mais pas tout

Le massage soulage la douleur, réduit l’anxiété, améliore la qualité de vie et produit des effets neurophysiologiques mesurables. Cependant, la grande variabilité des techniques et des contextes, les biais méthodologiques, et la subjectivité de l’expérience rendent les conclusions scientifiques parfois prudentes.

Mais faut-il vraiment que tout ce qui fait du bien soit prouvé par IRM pour exister ? Peut-on vraiment quantifier la sensation d’être enfin pleinement présent à soi, d’habiter son corps en sécurité, ou de ressentir l’effet profondément humain d’un contact respectueux ? La science nous aide à comprendre. Mais l’expérience, elle, parle un autre langage.

Eva Provo, Papeete, Juillet 2025

Références 

  • Boitor, M., Martorella, G., Maheu, C., & Gélinas, C. (2017). The effect of massage on acute postoperative pain in critically and acutely ill adults post-thoracic surgery: Systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Heart & Lung, 46(5), 339–346. https://doi.org/10.1016/j.hrtlng.2017.07.001
  • Field, T. (2016). Massage therapy research review. Complementary Therapies in Clinical Practice, 24, 19–31. https://doi.org/10.1016/j.ctcp.2016.04.005
  • Fryer, G. (2008). Evidence for the use of massage in pain management. International Journal of Osteopathic Medicine, 11(1), 15–24.
  • Guo, Y., Wang, F., Zhang, Y., et al. (2020). Effects of massage therapy on pain and anxiety in surgical patients: A systematic review and meta-analysis. Journal of Clinical Anesthesia, 64, 109818. https://doi.org/10.1016/j.jclinane.2020.109818
  • Liu, L., Skinner, M. A., McDonough, S. M., Mabire, L., & Baxter, G. D. (2022). Massage therapy for postoperative pain relief: A systematic review and meta-analysis. Pain Medicine, 23(1), 98–111.
  • Moyer, C. A., Rounds, J., & Hannum, J. W. (2004). A meta-analysis of massage therapy research. Psychological Bulletin, 130(1), 3–18. https://doi.org/10.1037/0033-2909.130.1.3
  • Pinar, R., & Afsar, F. (2015). Back massage to decrease state anxiety, cortisol level, blood pressure, heart rate and increase sleep quality in family caregivers of patients with cancer: A randomised controlled trial. Asian Pacific Journal of Cancer Prevention, 16(18), 8127–8133.